Le terme « ERP modulable » (souvent appelé composable ERP en anglais) est partout en ce moment. On le présente souvent comme une recette moderne : on choisit ce qu’on veut aujourd’hui, puis on ajoute ou on remplace des morceaux plus tard.
L’idée n’est pas mauvaise. Le problème, c’est qu’on oublie un détail majeur : l’environnement technologique.
Un ERP en mode infonuagique (cloud) et un ERP sur site (on-premise / local) ne donnent pas le même terrain de jeu. Et donc, une stratégie « modulable » n’a pas le même coût, le même risque, ni la même vitesse d’exécution.
Cet article explique pourquoi, sans prendre position « cloud vs sur site ». L’objectif n’est pas de pousser l’infonuagique : c’est de montrer que ces termes (monolithique, modulable, plateforme) prennent un sens différent selon l’environnement.
1) Rappel : « modulable » n’est pas un produit, c’est une stratégie
Avant tout : un ERP modulable, ce n’est pas une marque ni un bouton.
C’est une façon de construire votre système :
- un noyau solide qui couvre vos besoins critiques
- des extensions (modules, applications, connecteurs) ajoutées au bon moment
- une feuille de route sur 2–3 ans, revue régulièrement
C’est une stratégie de croissance et d’évolution. Et comme toute stratégie, elle dépend des contraintes du terrain.
2) Pourquoi l’infonuagique facilite une stratégie « modulable »
Dans un environnement infonuagique, plusieurs éléments rendent l’approche modulable plus réaliste.
a) Intégrations plus simples et plus standardisées
Les plateformes cloud offrent généralement :
- des API plus modernes
- des connecteurs prêts à l’emploi (marketplaces)
- des mécanismes plus simples pour gérer l’authentification, la sécurité, et les échanges de données
Résultat : ajouter un outil (ex. un WMS, un outil d’expédition, une solution BI) est souvent plus rapide et moins fragile.
b) Mises à jour continues
Un ERP cloud vit avec un cycle de mise à jour plus régulier.
Ça réduit le risque que :
- l’ERP soit « trop vieux » pour supporter une extension moderne
- les add-ons soient incompatibles
- les intégrations cassent parce que les versions ne suivent pas
Une stratégie modulable suppose qu’on peut évoluer en continu. Dans le cloud, c’est souvent plus naturel.
c) Environnements et tests plus accessibles
Même si ce n’est pas parfait partout, le cloud facilite généralement :
- la création d’environnements de test
- la standardisation des déploiements
- la réduction de la dépendance à l’infrastructure interne
Plus on veut ajouter des « morceaux », plus la capacité de tester et déployer facilement devient critique.
3) Pourquoi le sur site change l’équation (sans être “mauvais”)
Un ERP sur site n’est pas dépassé. Il peut être le bon choix pour certaines réalités (contraintes, sécurité, réseau, investissements existants, exigences spécifiques). Mais il faut être honnête : une stratégie modulable peut être plus exigeante sur site.
a) Intégrations plus lourdes
Sur site, les intégrations peuvent impliquer :
- du middleware local
- des configurations réseau plus complexes
- des dépendances à des versions plus anciennes
- parfois des développements sur mesure
Donc chaque “ajout” dans votre stratégie modulable peut coûter plus cher, prendre plus de temps, et demander plus de support.
b) Cycles de mise à jour moins fréquents
Sur site, les mises à jour sont souvent :
- plus rares
- plus coûteuses
- plus risquées (temps d’arrêt, tests, ressources internes)
Résultat : vous pouvez vous retrouver avec un noyau ERP qui “gèle” dans le temps, pendant que vos outils périphériques (CRM, expédition, e-commerce) évoluent. Cette divergence rend la modularité plus difficile.
c) Capacité interne et dette technique
Une stratégie modulable sur site demande généralement :
- plus de discipline technique
- plus de gouvernance
- une bonne capacité interne (ou un partenaire très présent)
Sinon, on accumule vite de la dette technique : intégrations fragiles, contournements, incohérences dans les données, rapports difficiles.
4) Ce que ça veut dire concrètement : même mot, réalités différentes
Dire « on veut un ERP modulable » n’a pas la même implication selon l’environnement.
En cloud, “modulable” peut vouloir dire :
- avancer plus vite
- connecter plus facilement
- itérer plus souvent
- ajouter des extensions de façon progressive
Sur site, “modulable” peut vouloir dire :
- un noyau très stable
- peu d’extensions, mais bien choisies
- intégrations limitées et robustes
- une feuille de route plus conservatrice
- un plan clair pour les mises à jour
Ce n’est pas « cloud = bon » et « sur site = mauvais ».
C’est : les compromis ne sont pas les mêmes.
5) Le vrai risque : appliquer une stratégie “cloud” dans un contexte sur site (ou l’inverse)
C’est là que les mots à la mode deviennent dangereux.
Quand quelqu’un vend “ERP modulable” comme si c’était universel :
- on peut sur-promettre des remplacements faciles (“on changera ce module plus tard”)
- on peut sous-estimer les coûts d’intégration
- on peut oublier la réalité des versions et de la maintenance
- et au final, c’est l’entreprise qui paie la facture (temps, argent, adoption)
Une bonne stratégie ne part pas d’un terme.
Elle part de :
- votre contexte
- vos contraintes
- votre capacité interne
- votre feuille de route
6) La conclusion simple : l’environnement influence la stratégie, pas l’inverse
Les concepts “monolithique” et “modulable” ne sont pas des étiquettes pour juger un ERP.
Ce sont des cadres de réflexion.
Et ces cadres doivent être adaptés à l’environnement :
- cloud
- sur site
- hybride
Un système peut être très intégré (monolithique) et rester évolutif grâce à une bonne plateforme et des add-ons.
Un système peut être “modulable” sur papier et devenir fragile si l’environnement ne suit pas.
Si vous voulez de la clarté, on peut le démêler ensemble
Si vous entendez beaucoup de jargon en ce moment (ERP modulable, agile ERP, meilleur de sa catégorie, IA intégrée…) et que vous voulez simplement une décision claire et réaliste, c’est normal.
Chez Digi-Centre, on vous aide à :
- clarifier votre environnement (cloud / sur site / hybride)
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